Skip to main content

Jean-Pierre de Mesmes

Jean-Pierre de Mesmes

(1516 - entre 1578 et 1584)

Période d'activité: (1546 - 1560)

Langues: french, italian

USTC

Références: 3081 ; 60879 ; 867 ; 30458 ; 94808 ; 65287 ; 29641 ; 56372 ; 66669 ; 94063 ; 94064 ; 23234 ; 38575


EUROPEANA

Références: 368 DDB BSB2 ; 368 DDB BSB2 ; 362 DDB BSB1 ; 9200332 NL ONB ; 794 Ag BnF


EDITEF

Références: N° 724


BLANC

Références: vol. 1: p. 798

Remarques

Jean-Pierre de Mesmes naît dans les environs de Mont-de-Marsan (peut-être Roquefort) en 1516. Son patronyme, d’origine écossaise, a été amené en France, plus précisément dans la ville de Roquefort (située dans le département des Landes de Bordeaux en Aquitaine, à l’époque appelée « Guienne », territoire contrôlé par les Anglais jusqu’à 1543) par le chevalier Amié de Mesmes et puis, depuis 1517, dans la ville de Paris par Jean-Jacques de Mesmes. Tous les chercheurs ne s’accordent pas sur le lien de parenté avec ce dernier. Toutefois, l’hypothèse selon laquelle Jean-Pierre serait le fils de Jean-Jacques est tôt démentie par des personnalités comme Guillaume Des Bordes et par l’auteur lui-même, aussi bien dans la dédicace de La Comédie des Supposez de M. Lovys Arioste (composée en 1549 mais publiée par Étienne Groulleau en 1552, avec toute probabilité en raison de la mort de Marguerite de Navarre), où il dévoile que Henry de Mesmes, destinateur dédicataire de l’œuvre et fils de Jean-Jacques, est son cousin, que dans la préface des Institutions astronomiques (publiées en 1557 à Paris par Michel de Vascosan) où, en plus d’appeler Jean-Jacques « Monseigneur » et d’invoquer la bénédiction de Dieu sur « sa noble postérité », il écrit d’une façon explicite qu’il est « nepveu et treobesissant serviteur de Jean-Jacques ». L’identité de la figure paternelle, au contraire, reste une question encore irrésolue. Si le philologue Émile Picot affirme que Jean-Pierre est le fils de Pierre de Mesmes, quatrième fils de Georges de Mesmes et chambellan du roi de Navarre ainsi que seigneur d’Arget, la chercheuse Nicole Bingen n’est pas du même avis. Elle s’appuie en effet sur la situation économique évoquée par de Mesmes dans la préface des Institutions astronomiques déjà citées, où l’auteur se décrit comme un homme incapable d’offrir quoi que ce soit à son oncle, à l’exception de son œuvre.

Quant à sa production littéraire, de Mesmes a rédigé avant tout deux œuvres fondamentales dans le cadre de l’enseignement de la langue italienne en France au XVIe siècle : La Grammaire italienne, publiée en 1549 par Gilles Corrozet, et la Comédie des Supposez de M. Lovys Arioste, déjà citée. Or, en ce qui concerne les stratégies de traduction employées dans ces travaux, si la Grammaire italienne doit être considérée comme une traduction du troisième livre des Prose della volgar lingua écrites par l’intellectuel toscan Pietro Bembo en 1525, dans le paragraphe « Aux lecteurs » de La Comédie des Supposez de M. Lovys Arioste (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8701109p?rk=21459;2) de Mesmes, conscient de l’impossibilité de superposer la langue italienne à la française, refuse une traduction littérale « pour ne faire perdre la grâce à notre langue ». Voilà pourquoi il utilise des procédés comme la transposition, tant au niveau lexical (par exemple les transpositions nom-verbe ou nom-adjectif) qu’au niveau de la phrase (à savoir le respect de la structure S+V+O) et la modulation (l’emploi limité des adverbes italiens en « -mente » ou la présence d’expressions qui reflètent la façon la plus naturelle de s’exprimer en français, comme « nourrice m’amye » pour « nutrice mia » ou « je ne voy personne dans la rue » pour « nessuno appare », p. 5 ; p. 8). En outre, de Mesmes opère des modifications concernant le style : en plus d’insérer des binômes synonymiques (par exemple « vergogna », « deshonneur et honte », p. 7) de Mesmes privilégie la structure ternaire (« e bigonzoni e pentole l’hanno similmente », « les barilz, marmites, et potz de cuisine en ont aussi », p. 6.). En outre, il fait recours à la technique de l’amplificatio, qui lui permet à la fois de reproduire le langage oral et de renforcer l’idée exprimée dans le texte source.

En deuxième lieu, la contribution de Jean-Pierre de Mesmes s’étend aussi au domaine scientifique, plus en particulier à l’astronomie. À ce propos, Les Institutions astronomiques non seulement vulgarisent le savoir relatif à cette discipline, mais deviennent une première tentative de parler d’astronomie en français. Toutefois, bien que de Mesmes propose des termes originaux (par exemple « Mibouc » pour « Capricorne » ou « Jouregal » pour « Équateur »), il ne réussit pas à s’affranchir des termes des langues anciennes, ce qui prouve que, à ce stade-là, le français n’a pas encore atteint une pleine richesse lexicale. À l’instar de La Comédie des Supposez de M. Lovys Arioste, cette œuvre nous permet de faire des considérations ultérieures sur la figure de de Mesmes en tant que traducteur. Dans ce travail, en effet, l’auteur traduit divers extraits tirés du livre I des Astronomiques du poète et astrologue Manilius. Cependant, par rapport au texte original, la version française comporte un plus grand nombre d’adjectifs (par exemple « cler », « grand », « chaud », « ardent », les deux derniers n’ayant pas d’équivalent en latin). De plus, le texte français diffère du texte latin par le fait que de Mesmes ajoute des informations supplémentaires et simplifie la structure de la phrase afin de faciliter les lecteurs dans la compréhension de la matière proposée. D’ailleurs, dans « L’Excuse au lecteur », l’auteur écrit qu’il n’a aucune intention de « parler éloquemment mais d’enseigner simplement » (Les Institutions astronomiques, p.214). Mais, une fois de plus, le texte de de Mesmes montre de claires ambitions littéraires. Nous remarquons ainsi la présence de la rime et de phrases négatives ainsi que le recours à d’autres figures rhétoriques comme la répétition (par exemple de l’adjectif « égal » ou du substantif « raison », p.75 ; p.13), les structures binaires symétriques et les litotes. Deux derniers ouvrages restent à mentionner : Le Tombeau de Marguerite de Valois Royne de Navarre de Nicolas Denisot, publié à Paris par Michel Fezandat et Robert Grand en 1551, et Le Traité de la composition et fabrique de l’astrolabe et de son usage, publié à Paris en 1560 par Guillaume Cavellat et traduit par Guillaume Des Bordes. Le premier de ces ouvrages contient sa traduction en italien des 104 distiques latins attribués aux sœurs Seymour, jugée « dans bien des cas supérieure aux versions françaises dues à Joachim Du Bellay et à plusieurs autres » (Émile Picot, Les français italianisants au XVIe siècle, Paris, Champion, 1906), et caractérisée surtout par la présence de binômes synonymiques (« noia e guerra » au lieu de « damno ») et l’ajout d’adjectifs comme « reo », « stanco », « lasso » (voir distique 83). Dans le deuxième texte, au contraire, de Mesmes se limite à remplir la fonction de réviseur de la traduction de Des Bordes.

En conclusion, en plus d’être traducteur et grammairien, Jean-Pierre de Mesmes manifeste également son talent dans le domaine de la poésie (en écrivant des pièces en italien ainsi que des sonnets et des odes en français qui s’ajoutent au déjà cité Épithalame), ce qui fait de lui l’un des intellectuels les plus éclectiques opérant dans la France du XVIe siècle.

Compilé par: Elia Carelli Ajouté par: Luca Elfo Jaccond

Nicole Bingen, Jean-Pierre De Mesmes : À propos de deux contributions récentes, in « Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance », LXVI, n. 2, 2004, pp. 331-357

Nicole Bingen, Sources et filiations de la Grammaire italienne de Jean-Pierre De Mesmes, in « Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance », 1984, t. 46, n. 3, pp. 633-638

Isabelle Pantin, Jean-Pierre de Mesmes et ses“Institutions astronomiques” (1557), « Bulletin de la société des sciences, lettres et arts de Pau et du Béarn » 13, 1986, pp. 167-182

Émile Picot, Les Français italianisants au XVI siècle, Paris, Champion, 1906

Daniele Speziari, Tradition et innovation du vocabulaire astronomique français dans les Institutions astronomiques de Jean-Pierre de Mesmes et dans le Traité de la composition et fabrique de l’astrolabe et de son usage, « Studi Francesi », n. 206, 2025, pp. 395-408.

© 2025 Bibliothèque Virtuelle des traductions théâtrales à la Renaissance. All Right Reserved - Cookie e Privacy Policy - Credits